Essai de Bricscad pour Linux Alpha 10.3.4 (et 10.3.6)

Tout d'abord, une clarification: malgré que je consacre pas moins de trois billets à Bricscad jusqu'ici, j'ai bien l'intention d'aborder d'autres logiciels, et bien entendu des logiciels libres!

J'ai donc parlé dans mes deux précédents billets de Bricscad, un clone d'AutoCAD qui, en plus d'adopter une interface similaire (en mode classique pour AutoCAD 2009 et 2010) et la plupart des commandes clavier d'AutoCAD, utilise le même format DWG. Il a également l'avantage d'être vendu à une fraction du prix d'une licence d'AutoCAD. La version Pro de Bricscad, qui supporte la modélisation 3D ACIS, est même moins coûteuse qu'AutoCAD LT, qui est limité à la 2D. Ceci toutefois, se fait au prix d'une performance inférieure dans les dessins très lourds, et un jeu de fonctionnalités à la traîne par rapport à AutoCAD.

Voici mes impressions suite à l'essai des versions Alpha 10.3.4 et 10.3.6. J'avais créé de nombreuses captures d'écran de la version 10.3.4. Je n'ai pas cru bon de les mettre à jour avec la 10.3.6, puisqu'à première vue, la version 10.3.6 ne présente pas de changement cosmétique. L'article ne contient que cinq de ces captures d'écran, mais toutes se retrouvent dans la galerie d'images dont j'ai placé l'hyperlien en fin d'article.

Installation

Pour obtenir le lien de téléchargement de la dernière version disponible, il faut visiter le forum de support de Bricsys, Bricscad For Linux (j'ai donné le lien direct vers la version Alpha 10.3.6 dans mon dernier billet). Le téléchargement nécessite la création d'un compte qui requiert une adresse de courriel et quelques informations personnelles. L'archive du programme (qui fait moins de 47Mio) est compatible avec les architectures 32 et 64 bits. Une fois le téléchargement complété, il n'y a pas vraiment d'installation à proprement parler. Il suffit d'extraire l'archive dans un emplacement où l'usager a des droits en lecture et en écriture. Le plus simple est de faire cette extraction dans le répertoire personnel. Ensuite, on ouvre un terminal, on navigue vers le répertoire Bricscad, et on exécute la commande '/bin/sh bricscad.sh'. Pour les allergiques à la ligne de commande, cette astuce permet de créer un lanceur qui peut être placé sur le bureau ou dans le menu Applications.

L'essai se fait ici sous Ubuntu 9.10 "Karmic Koala" en version 64 bits, doté de l'environnement de bureau GNOME 2.28.

Utilisation

Au lancement, on est d'abord accueilli par une fenêtre qui nous prévient que l'on a affaire à une version de développement. La 10.3.4 prévenait de son expiration au 28 février; la 10.3.6 sera fonctionnelle jusqu'au 31 mars 2010.

Fenêtre d'alerte à l'ouverture de Bricscad

Ensuite, l'application se lance, et les habitués d'AutoCAD se trouveront tout de suite en terrain familier. En y regardant de plus près, on s'aperçoit de quelques différences: les icônes ne sont pas tout à fait les mêmes (quoique sous AutoCAD, elles changent pratiquement à chaque version annuelle! ), la fenêtre de propriétés d'objets est ancrée à droite plutôt qu'à gauche, mais il faut accéder aux menus pour vraiment réaliser qu'on n'est pas sous AutoCAD.

Bricscad pour Linux Alpha 10.3.4

La fenêtre d'ouverture de fichier sera familière aux usagers du bureau GNOME, et fait contraste avec la fenêtre d'ouverture typique de Windows qui apparaît dans la version Windows installé à l'aide de Wine (voir la galerie d'images pour comparaison). L'interface graphique de Bricscad est construite à l'aide de wxWidgets, une bibliothèque graphique libre qui fait appel aux interfaces de programmation (API) natives du système d'exploitation hôte afin d'offrir une interface pleinement intégrée.

Fenêtre d'ouverture de fichier

Il est à souhaiter que la version finale offre un aperçu de dessin, comme dans la version Windows. Ça devrait être possible, puisque la plupart des applications graphiques comme GIMP ou Eye of Gnome affichent des aperçus d'image.

Un élément que je trouvais pertinent de tester est la performance de l'affichage. En effet, un problème connu avec la version Windows de Bricscad installée sous Wine, est la grave dégradation de performance du zoom et de l'outil de déplacement dans les fichiers aussi légers que 750Kio. J'ai donc voulu comparer l'ouverture et la manipulation d'un fichier DWG de 2,4Mio (trouvé ici, en espérant qu'il soit libre de droits!) entre Bricscad pour Linux Alpha, et Bricscad V10 pour Windows sous Wine 1.1.38.

Fichier ouvert dans Bricscad

Le résultat est plus que satisfaisant: le fichier s'ouvre en moins de 2 secondes, et tant le zoom que le déplacement sont très fluides. Avec la version Windows sous Wine, l'ouverture se fait en précisément 3 minutes sur mon Athlon64 X2 à 3GHz, et il faut attendre près de 30 secondes après chaque zoom ou déplacement pour que l'écran se rafraîchisse. Toutefois, le moteur graphique de la version Alpha serait temporaire, il en est fait mention dans les notes de version. En effet, l'affichage de solides 3D complexes ne semble pas supporté, tel que l'on peut voir d'après la capture d'écran suivante: le fichier actif, un DWG que j'avais déniché sur le net il y a des années, devrait montrer une guitare électrique en trois dimensions (voir la galerie d'images pour comparer l'affichage de cette guitare dans Bricscad pour Windows sous Wine, ainsi que dans Bricscad natif sous Windows XP). Il faudra voir si la version finale conserve cette vitesse.

Une guitare 3D qui s'affiche mal

Au chapitre des différences par rapport à la version Windows, on peut remarquer l'ajout d'onglets pour les différents fichiers ouvert, dans le haut de la fenêtre du modèle. Un bogue empêche pour le moment l'affichage constant des onglets «Model» et «Layout» dans le bas de la fenêtre; ils apparaissent à l'occasion, mais disparaissent lors d'un rafraîchissement de la fenêtre.

Les icônes des barres d'outils paraissent légèrement plus grosses que dans la version Windows. On peut constater que la barre d'outils «Entity Snaps» déborde de la fenêtre en 1280x1024.

Les fonctions basiques de création et de modification sont fonctionnelles: j'ai testé les outils LINE, ARC, CIRCLE, POLYLINE, RECTANGLE, ELLIPSE, TRIM, EXTEND. Les «Entity Snaps» sont fonctionnels. Le mode texte MULTILINE l'est aussi, mais il est impossible d'éditer la taille de la police ou de superposer le texte (utile pour les fractions impériales). Les polices TTF sont mal rendues à l'écran. Ce qui ne fonctionne pas: les hachures, les boutons de barre d'outils déroulants, les outils de cotation. (Mise à jour: l'outil hachure est fonctionnel sous la 10.3.6, gradient aussi, mais la fenêtre du sélecteur de couleurs ne peut être fermée par le bouton "OK". Les couleurs puvent tout de même être modifiées ensuite par la barre des propriétés, d'où le sélecteur de couleurs peut être utilisé sans problème. Les hachures et gradients sont associatifs tout comme AutoCAD!)

Quant aux formats de fichiers supportés, la version actuelle permet d'ouvrir et sauvegarder en DWG de R11 à R2007, les DXF de R9 à R2007 peuvent être sauvegardés mais pas ouverts pour l'instant.

Conclusion

Même si le logiciel est instable et ne peut être utilisé en contexte de «production», j'ai trouvé l'expérience très intéressante, et ne manquerai pas de tester les prochaines versions. C'est une opportunité unique que de pouvoir suivre l'évolution d'un logiciel commercial dans sa phase alpha. Après des années d'attente, un logiciel de CAO compatible AutoCAD sous Linux, et de qualité professionnelle, sera bientôt disponible. Mais Bricsys prend un gros risque: sachant que la culture Linux est construite sur le logiciel libre et open source, est-ce que ce produit commercial trouvera preneur? Est-ce que les particuliers et entreprises en profiteront pour convertir leurs postes de travail Windows en postes Linux?

Pour des images supplémentaires de Bricscad pour Linux en action, ne manquez pas de visiter la galerie d'images, à laquelle j'ai consacré bien des efforts! :-)